18 décembre, 2022

Entrevue

Oser le piolet

Saisir le moment

Par un magnifique week-end d’automne, tu gravis une arête exposée. Le soleil réchauffe la paroi et fait briller la vallée de ses flamboyantes couleurs automnales. Autour de toi, des grimpeuses et grimpeurs extatiques profitent de l’absence de moustiques pour s’envoyer plusieurs mètres de granit mordant. La lumière d’après-midi est superbe, c’est le pur bonheur. Le nirvana minéral.

Si seulement cette météo de feu pouvait s’étirer un peu, tu te dis. Mais non : très bientôt, la neige et le froid vont reléguer l’escalade de rocher aux oubliettes, jusqu’en avril. Six interminables mois!

Les plus accros iront gravir du calcaire loin de la maison, mais ce n’est pas donné à tout le monde. Que faire, alors? Pas besoin de réfléchir longtemps avant que ne s’impose une évidence assez… évidente.

Grimper de la glace, bordel de merde!

Oser le piolet

Perso, ça m’a pris dix ans avant d’oser le piolet. Dix ans à ne jurer que par la roche. Je me disais : « Ça a l’air tellement prévisible, l’escalade de glace. Le seul défi, c’est de planter des piolets à peu près n’importe où, pis de monter. En plus, y doit faire frette que le calvaire! C’est pas pour moi. »
Ah, la belle naïveté…

Après quelques sorties en terrain intermédiaire avec un habitué, j’ai vite compris que le facteur « planter des piolets à peu près n’importe où » n’est pas toujours de tout repos. Pour ne pas se brûler en trois minutes, il faut trouver des positions soutenables. Un véritable défi, quand le mur de glace purement vertical ne t’offre que très peu de ressauts sur lesquels déposer ton centre de gravité.

Démystifier l’ascension hivernale

La première fois qu’il a essayé l’escalade de glace, Léopold Laliberté-Guy ne l’a pas trouvée facile. Le fondateur de l’école de montagne La Liberté Nord-Sud, à la Montagne d’Argent, répond à mes questions. Discussion à piolets rompus.

Comment on se sent, la première fois qu’on grimpe de la glace?

Ma première fois, c’était en pleine nuit, à Montréal. J’avais trouvé ça très dur. Je forçais trop. Je forçais mal. J’ai frappé le rocher avec les lames des piolets de mon ami. Il n’était vraiment pas content. (Rires) J’avais eu un gros rush d’adrénaline.

ImageOser le piolet

Jérome St-Michel par Richard Mardens

ImageOser le piolet

Amandine Geraud par Richard Mardens

À part le matériel utilisé, comment la glace se compare-t-elle à la roche?

Au début, c’est possible de s’en sortir avec simplement de la force musculaire, malgré un manque de technique. En revanche, quand on pousse le niveau, la gestuelle ressemble beaucoup au rocher, surtout si on grimpe en mixte ou de la glace délicate. Le positionnement des crampons est semblable à celui des chaussons. Puis, les piolets offrent beaucoup de possibilités. Ça permet de tenir sur des réglettes où les doigts n’oseraient même pas s’aventurer.

Certains croient que l’escalade de glace, c’est toujours la même chose.

Je ne suis pas d’accord. Il faut lire l’état de la glace. Si les deux piolets lâchent en même temps, on ne peut pas se fier seulement à ses pieds. Ça dépend aussi de l’épaisseur de la glace. Quand on monte en difficulté, les conditions varient beaucoup et ça devient de plus en plus engageant.

Valeur approximative de l’équipement neuf

  • Piolets – 500$
  • Bottes – 500$
  • Crampons – 250$
  • Vis à glace – 80$ l’unité
  • Corde dry – 220$

Évidemment, ce n’est pas obligatoire de suivre une initiation, mais c’est beaucoup plus sécuritaire d’être encadré pour commencer. Il faut dire que les gens ont souvent de la difficulté avec la gestion du froid et le système multicouches. Le froid les rebute beaucoup. D’ailleurs, à mon avis, c’est ça le mythe principal : le fait que c’est plus désagréable quand il fait froid. À -5 ou -10 °C, dès que c’est ensoleillé, on est vraiment bien sur les falaises. C’est le cas même à -15, s’il n’y a pas de vent.

Une personne qui a de l’expérience sur rocher peut-elle éviter l’initiation?

Assurément, et le club d’escalade La Liberté Nord-Sud est parfait pour ça. On est accompagnés et on peut voir des premiers de cordée en action. Je recommande aux amateurs de roche qui veulent essayer la glace de se joindre au club pour une saison. Ça permet de connaître les sites.

À deux heures de route de Montréal, il y a une quarantaine de sites accessibles. Le plus près est au Parc Jean-Drapeau, sur l’île Sainte-Hélène. À la Montagne d’Argent, avec notre système d’englacement artificiel et notre cabane chauffée, on offre une expérience vraiment agréable. Le fait de pouvoir s’habiller et se préparer au chaud n’est pas à négliger.

Merci Léo. Aimerais-tu ajouter quelque chose?

Mon message principal, c’est qu’il ne faut surtout pas craindre le froid. On a toute une richesse au Québec. C’est un moyen extraordinaire de découvrir notre territoire et d’embrasser nos hivers. Les gens s’encabanent, ils voient parfois la saison froide comme un monstre et vont se cacher. Mais l’hiver, c’est magnifique. C’est une immense richesse. Il faut en profiter, et l’escalade de glace est parfaite pour vivre des aventures hivernales.

À noter : l’assurance de la FQME couvre les membres lors de la pratique de l’escalade sur les sites affiliés à la FQME. Voici un résumé de la couverture.

Petites bouchées d’escalade de glace
Par Gabriel Frappier (il), grimpeur et moniteur d’escalade FQME
Une entrevue avec Léopold Laliberté-Guy (il), co-propriétaire de La Liberté Nord-Sud